Avouons le, le bridge possède la réputation d’un jeu compliqué, mathématique diront certains avec effroi, dans le fonctionnement duquel seule opère la froide réflexion. Ajoutons que des phrases anodines telles que : « sur 3 cœurs  je fais l’impasse et il défile tous ses trèfles »  peuvent susciter des interrogations. Quant aux patronymes plus ou moins anglo saxons qui  agrémentent la conversation dans les clubs, le temps passé à leur rumination montre clairement leur  caractère indigeste.  Essayez quelque chose comme : « sur un Landik tu réponds en Texas» et vous verrez  vos interlocuteurs les plus bienveillants regarder ailleurs pour ne pas vous gêner, les autres se contentant de vous fixer d’un oeil vaguement inquiet.  Et pourtant cette vision déshumanisée est fausse  comme le savent tous les bridgeurs qui dans la douleur ont massacré 3 SA sur table ou dans l’allégresse leurs adversaires du moment. L’émotion règne sur les tables. Quelques exemples.

 

Le doute (fondamental) : le roi, à gauche ou à droite ? Damned, voyons…

Le doute (existentiel d' E-O) : je les suis depuis le début, où sont ils passés ?

La frustration : déjà dix donnes et jamais plus de cinq points, pas possible, quelle poisse

L'étonnement (douloureux) : ils sont quatre-un !

L'incompréhension : j'ai fait égal et ils ont tous fait plus un, je ne comprends pas

La satisfaction (modeste) : tiens, les autres n'ont fait qu'égal….

L'angoisse (de l'entameur) : à pique, non, à coeur, impossible, j'ai l'as de trèfle  et il a annoncé les carreaux. Pfouuh.

La méfiance : à cette table tu caches bien ton jeu, tu poitrines

La joie (éthique) : nous avons bien marché aujourd'hui, partenaire

La joie (pas éthique): ouiiii, t'as vu ? On a eu les….... (pointillés à remplir)

La stupéfaction (douloureuse) : oh non, il restait encore un atout

La colère : 1 SA, çà veut dire quoi 1 SA pour toi ?

Le goût de la conciliation : Arbiiiitre

La compassion : pas d'exemple disponible

La concentration : et 8 points chez moi, 15 chez lui, il doit donc avoir...oh et puis zut

L'optimisme : il reste encore 3 tables, on va se refaire 

L'euphorie : et à notre table ils se plantaient tous, je ne sais pas pourquoi

La distraction : ah, c'est moi qui avais l'as ? Tombé au premier tour ?

La perplexité : qu'est ce qu'il veut bien dire avec son 3 carreaux ?

Le pessimisme : de toute façon avec moi l'impasse ne marche jamais

Le pessimisme (bis) : encore 3 tables, de toute façon c’est fichu

La résignation : déjà avoir la moyenne, ce serait bien

L'impatience (contenue du mort) : mais nom d'un chien il va le faire son 8 de coeur. Maîîître !

La contrition : j'aurais dû faire tomber les atouts, je n'aurais fait que moins deux

La mauvaise foi : manque d’espace, trop d’exemples disponibles

La morosité (type Royan) : poh, poh, encore une après midi. Mieux fait de rester chez moi.

La contrariété : j'ouvre, je dis bien j'ouvre, et avec 12 points et une cinquième tu t'arrêtes à 2 SA ?

La nonchalance : moi, les enchères...Suffit de savoir jouer la carte

Le soulagement : ouf, ils sont 3-3

L’abattement : encore un zéro

L’agacement : c’est la deuxième fois qu’on rate un chelem alors qu’on a les points

L’introspection : mais ce n’est pas possible, comment ai-je pu faire çà ?

L’entrain (indispensable en match par 4): de toutes façons on ne peut que remonter

L’impuissance : je n’ai jamais eu la main et ils ont fait les 5 premières levées

Le désespoir : à quoi çà sert que je fasse des appels ?

Le soupçon : moins 2, tu es sûr d’avoir marqué 4coeur - 2 ? Moins 2?

 

Les bridgeurs, froids et  impassibles ? Jamais de la vie. Écoutez-les.